|
Après les découvertes d’une brasserie puis d’un entrepôt
rempli de jarres levantines du milieu du IVe millénaire
avant J.-C., et enfin d’une nécropole contemporaine de
l’habitat, l’école polonaise d’archéologie réalise en
février 2006 deux autres découvertes majeures pour
l’archéologie prédynastique dans le Delta oriental, à Tell
el-Farkha. Une cuillère en greywacke vert dont le manche est
en forme de crocodile ainsi que deux statues recouvertes de
feuilles d’or sur âme de bois ont été mises au jour dans un
contexte domestique daté de Naqada IIIb (vers 3100 avant
J.-C.). Ces deux statuettes sont hautes respectivement de
65-70 cm. et de 35-40 cm. Elles représentent des hommes nus
et sont dotées d’yeux incrustés de lapis-lazuli. Jusqu’à
présent, seules des effigies en métal beaucoup plus tardives
étaient connues, comme celles du roi Pépi I et de son fils,
datant de la VIe dynastie (vers 2300 avant J.-C.)
découvertes dans le temple de Hiérakonpolis. Les deux
effigies royales de Pépi I et son fils sont réalisées selon
une technique similaire, par martelage de plaques de cuivre
sur une âme de bois. Les statuettes de Tell el-Farkha se
rapprochent des statues de Pépi I et de son fils sur les
points suivants : la technique de réalisation (martelage de
plaques de métal sur âme de bois) et l’assemblage (au sens
archéologique du terme) d’une statue de grande échelle avec
une seconde statue quasi-identique en modèle réduit. Dans
cette perspective, comme le souligne Luc Watrin, les deux
statuettes de Tell el-Farkha pourraient très bien
représenter un chef local et son fils (?). Ce sont des
exemplaires uniques à ce jour pour l’archéologie
prédynastique en Égypte.
L’or est attesté dans la parure en Égypte dès la période de
Naqada Ic (vers 3700 avant J.-C.). Il provient peut-être des
mines du Désert Oriental. Le lapis-lazuli est un minéral
rare, qui n’existe pas sur le territoire égyptien. Le
principal gisement de cette pierre bleue se situe dans la
province afghane du Badakhshan. À ce jour, la plus ancienne
attestation de lapis-lazuli en Égypte est un pendentif
déposé dans la tombe 1858 de Naqada, datée de Naqada Ic (L.
Watrin, KBN 2, 2005, 65). En l’état actuel des recherches,
les plus anciennes attestations d’or et de lapis-lazuli en
Égypte sont donc concomitantes.
Une autre découverte majeure consiste en un trésor
protodynastique constitué d’environ soixante figurines
d’ivoire représentant des animaux, des humains, des bateaux
et des vases. L’ensemble était déposé dans une céramique
grossière d’un niveau daté du début de la première dynastie.
Cette découverte rappelle celle faite par James Edward
Quibell dans les soubassements du temple de Hiérakonpolis en
1898 (Quibell, Hiérakonpolis 1, 1898). Ce trésor était lui
aussi constitué de nombreux ivoires protodynastiques
aujourd’hui conservés en Angleterre. L’analogie des dépôts
de Tell el Farkha avec ceux de Hiérakonpolis fait donc
attendre avec grande impatience la publication des contextes
archéologiques par l’équipe de fouilles. En attendant vous
pouvez découvrir ces objets au Musée du Caire où ils sont
exposés dans l’espace consacré à la palette du roi Narmer.
©Les photographies
proviennent du site du
Poznań Archaeological Museum
|