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  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Une exposition sur l’art rupestre africain à Nairobi


 

 

Après trois ans de fermeture le Musée National de Nairobi a rouvert ses portes en mai 2008. Au rez-de-chaussée, la faune des différentes régions du Kenya est présentée au travers des  animaux naturalisés. Les diverses ethnies du pays sont illustrées par des photographies, outils, armes et parures de leur vie quotidienne. Au premier étage du musée se tient une remarquable exposition intitulée The Dawn of Imagination (« Naissance de l’imagination ») sous le patronage de TARA (« Trust for African Rock Art »). TARA est une ONG dirigée par David Coulson et basée à Nairobi. Elle se consacre à la protection du patrimoine rupestre africain (son symbole est un archer du Tassili saisi en pleine course). Cette exposition devrait durer au moins une année. Elle aborde les rapports complexes tissés entre les hommes et les animaux au travers des représentations  rupestres (gravures et peintures) depuis l’aube des temps. Cinq thèmes sont explorés : Qu’est-ce que l’art rupestre ?  La répartition des arts rupestres en Afrique. Qui étaient les acteurs ? Quelle est leur signification ? Comment le public peut-il protéger ce patrimoine ?

 

L’exposition débute par une présentation chronologique des principales phases rupestres africaines reconnues par les spécialistes anglo-saxons. Une dizaine d’épisodes sont présentés sous formes de panneaux avec des clichés qui illustrent chaque phase et un texte explicatif qui tente de situer les gravures et les peintures dans le temps et dans l’espace.  L’art rupestre est présent dans trente nations avec deux grandes concentrations au Sahara et en Afrique australe et d’importants foyers en Afrique de l’Est. Les plus anciens témoins rupestres en Afrique sont des peintures d’animaux sauvages (prédateurs, rhinocéros, zèbres) en noir et rouge réalisées sur des plaquettes de pierre découvertes par Wolfgang Wendt en 1969. Identifiées en Namibie au nord du fleuve Orange dans les monts Huns (Apollo Cave 11), leur chronologie se situerait entre – 19 000 et – 27 000 ans. Cette fourchette, obtenue à partir de charbons retrouvés dans les sédiments associés aux plaquettes, rivalise en terme de chronologie avec l’art des cavernes en Europe (pour rappel la grotte Chauvet date de – 30 000 ans et celle Lascaux de – 15 000 ans). Dans un abri du Zimbabwe (Matobo Hills) des vestiges de pigments sur des palettes ont été datés de – 40 000 ans mais ces peintures ont pu être préparées pour un autre usage que la décoration des abris.

 

L’art rupestre africain s’exprime sur des supports le plus souvent exposés aux intempéries, rocs en plein air, falaises ou abris peu profonds, espaces ouverts rendant sa préservation problématique. L’exposition souligne aussi le problème du pillage systématique de régions entières, la situation étant particulièrement critique dans l’Atlas marocain où de nombreux reliefs rupestres sont découpés à la scie et vendus en Europe. Cette exposition introductive aux arts rupestres africains comporte des reproductions de sections d’abris rupestres dont le fameux panneau qui représente le « grand dieu » de Sefar dans le Tassili de Tamrit (nord-ouest de Djanet, sud algérien). Ce personnage énigmatique avec des protubérances sur la tête et au creux des coudes, haut de 3m, remonte à un épisode humide du néolithique du Sahara.

 

On soulignera juste un manque notable dans cette exposition : l’exceptionnel patrimoine du Gilf el-Kébir et du Djébel Ouweinât. Ces deux zones de massifs rocheux du sud-ouest de l’Egypte ont été oubliées des champs d’investigations, mais la recherche dans ces régions vient juste de s’ouvrir. L’exposition de Nairobi permet de découvrir aussi un ensemble de publications préliminaires sur l’art rupestre de plusieurs régions kenyanes (publiés sous forme de fascicules) et de se procurer la récente publication des actes de la conférence internationale sur l’art rupestre de Nairobi de Novembre 2004 « African Rock Art : The Future of Africa’s Past » (TARA, Nairobi, 2007, ISBN 9966-7055-4-6).

 

Lien : www.africanrockart.org

 

Luc Watrin, Juillet 2008

 

Peintures rupestres du sud du lac Victoria, Tanzanie

Luc Watrin et une responsable de l'exposition devant une reproduction de la grotte de Sefar (Algérie)

 
Zones de concentration d'art rupestre en Afrique

 

 

Plaquette de présentation de l'exposition
 

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