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Le 27 Février 2007, la
Cour de Cassation du Tribunal de Paris a statué sur deux
arrêts qui avaient été rendus par la Cour d’Appel de Paris
en 2002 et 2003 en défaveur de monsieur François Pinault
dans l’affaire dite de « la statue de Sésostris III ». Par
l’arrêt n° 275FS-P+B, la Cour de Cassation casse les
jugements antérieurs dans cette affaire, au motif que la
statue ne date pas de l’époque du roi Sésostris III. La Cour
a en effet notifié « … que la référence à la période
historique portée, sans réserve expresse, au catalogue n’est
pas exacte, ce qui suffisait à provoquer l’erreur… ».
Cette statue portant le nom d’un roi du milieu de la XIIe
dynastie avait été vendue par le commissaire-priseur Olivier
Coutau-Bégarie et le marchand-expert Chakib Slitine à
l’industriel français François Pinault le 10 novembre 1998,
lors d’une vente d’antiquités à l’Hôtel Drouot à Paris.
Juste après cette vente, et après réception de la statue,
monsieur Pinault recevait une lettre de l’archéologue
allemand Dietrich Wildung lui livrant ses doutes au sujet de
l’antiquité de cet objet. Une missive qui brisa un rêve et
ne fut l’objet d’aucune réponse, amenant le conservateur à
alerter lui-même un quotidien français, qui relaya
l’information. L’avis du conservateur en chef du Musée de
Berlin fut cependant entendu car monsieur Pinault, envahi
par le doute, refusa de régler son achat, entrainant une
plainte des vendeurs auprès du Tribunal de Paris.
La statue de granit avait été considérée comme « un
témoignage historique de grande valeur » par mesdames
Christiane Desroches-Noblecourt et Elisabeth Delange, deux
protagonistes issues du département égyptien du Musée du
Louvre. Cet avis avait été donné par oral avant la vente
auprès des futurs acquéreurs, comme le reconnaît elle-même
Madame Noblecourt dans une interview, puis par écrit après
la vente auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris sous
la forme d’un rapport d’expertise concluant à l’antiquité de
la pièce, document paraphé par Mesdames Noblecourt et
Delange et… facturé à Monsieur Pinault.
Lors de ce premier procès, monsieur Pinault fut débouté par
un arrêt rendu par la Cour le 31 janvier 2001 qui concluait
à l’antiquité de la pièce sur la base du rapport du Louvre.
Dès lors, l’authenticité « pharaonique » de cette statue fut
la ligne intangible de la quasi-totalité des égyptologues
français institutionnels jusqu’au procès d’Appel. Lors du
procès d’Appel, en mars 2002, un rapport de contre-expertise
argumenté démontrant l’indigence du rapport du Louvre et
concluant à la modernité de la statue sur des critères à la
fois stylistiques et de sciences dures avait été présenté à
la Cour par l’archéologue-égyptologue Luc Watrin. Malgré
cela, la Cour d’Appel du Tribunal de Paris, s’appuyant
apparemment sur les seules conclusions du rapport du Louvre,
jugea cette pièce comme authentique et valida la vente. Lors
du jugement, la Cour d’Appel se trouva dans un cas de figure
probablement inédit, puisque le marchand-expert de la statue
controversée, Chakib Slitine, était par ailleurs aussi
expert près la Cour d’Appel de Paris.
Nul doute que la communication mise en place après mars 2002
par Luc Watrin, soulignant le nombre incroyable d’anomalies
stylistiques de la statue (plus de 40) et l’approche très
critique qu’il fit de l’argumentaire du rapport du Louvre,
en particulier sur l’hypothèse d’une « effigie posthume de
fin de la XIIe dynastie ou du début de la XIIIe dynastie »,
thèse avancée par les expertes du Louvre (voir extraits dans
la Revue du GREPAL n°1, 2003), ont sans doute permis aux
juges de se faire une opinion plus complète sur ce dossier.
Par ailleurs, monsieur Watrin, seul contre tous ses pairs en
France, bénéficiait cependant à l’étranger du ralliement de
plusieurs de ses collègues à sa thèse (lettres annexées à
son rapport d’expertise), et notamment du soutien des
puissants conservateurs du British Museum. Malgré ces avis
internationaux, la thèse communément admise parmi la plupart
des égyptologues institutionnels français ne varia pas,
cette statue demeurant pour eux tout à fait authentique dès
que la presse interrogeait sur ce sujet sensible. L’un de
leurs dirigeants, monsieur Nicolas Grimal, ex-directeur de
l’IFAO, alors sous-directeur du centre franco-égyptien de
Karnak, déclare à la presse le 1er novembre 2002 qu’il va
notifier à Monsieur François Pinault que « la pièce qu’il
possède est bonne » et que « Madame Christiane Desroches-Noblecourt
est une grande experte ». Monsieur Nicolas Grimal n’avança
aucun argument scientifique justifiant cette position et se
contenta de diffamer monsieur Watrin sur sa non-expérience
supposée pour justifier la véracité de son propre avis. Le
débat scientifique de fond n’a donc jamais pu être ouvert en
France. Lors d’une conférence délivrée au centre culturel
égyptien à Paris le 29 janvier 2003, Monsieur Watrin rappela
que Madame Noblecourt et Monsieur Grimal s’étaient déjà
lourdement trompés dans le passé en considérant comme
authentiques deux faux éléments statuaires exposés pendant
des décennies au Musée du Louvre, « la tête de harpe en bois
» pour madame Noblecourt et « la tête en verre bleue » pour
monsieur Grimal. Ces deux objets supposés appartenir à la
fin de la XVIIIe dynastie (époque amarnienne) et achetés à
grand prix par le musée sur le marché des antiquités
parisien furent ensuite déclarés faux par les propres
laboratoires du Musée du Louvre. Le résultat des deux
analyses menées en 1991 sur la tête de harpe en bois et en
2002 sur la tête en verre bleu (monsieur Nicolas Grimal
n’ayant pas hésité à faire de cet objet la page de
couverture de son livre sur « l’Histoire de l’Egypte
Ancienne » publié en 1988), a sans doute attisé la
perspicacité du tribunal.
Il faudra attendre l’été 2003 soit cinq ans après la vente
et après deux procès perdus par monsieur Pinault, et alors
que tout débat de fond n’était plus juridiquement utile pour
les défenseurs de monsieur Pinault qui s’acheminaient en
Cassation, où seuls sont pris en compte les points de forme,
pour qu’un autre égyptologue français sorte de sa réserve.
Monsieur Jean Yoyotte, ami trentenaire du marchand-expert
Chakib Slitine, admit en effet sur le tard, après moult
hésitations, la thèse du faux, position défendue depuis
longtemps par Dietrich Wildung et Luc Watrin.
Le jugement de la Cour de Cassation du 27 Février 2007, qui
casse tous les arrêts juridiques antérieurs sur l’affaire «
Sésostris III », est donc une grande victoire morale pour
monsieur François Pinault. C’est une très mauvaise nouvelle
pour les défenseurs de la thèse de l’authenticité de la
pièce, puisque le tribunal, qui vient de statuer sur la
forme, est susceptible de revoir cette affaire sur le fond
et donc de réintroduire les rapports d’expertise concluant
aux faux, c’est-à-dire celui de monsieur Luc Watrin basé sur
une analyse stylistique de l’œuvre et une critique des
méthodes de travail des conservateurs du Louvre et celui de
monsieur Bertrand Duboscq, l’un de ses confrères, basé sur
une analyse de tracéologie. A moins que la Cour ne fasse fi
de ces travaux scientifiques et ne choisisse de ménager la
chèvre et le chou, en validant la thèse de « l’effigie
posthume du roi » avancée dans le rapport des expertes du
Louvre et en invalidant la vente au motif que la statue
n’est pas contemporaine du roi comme avancé dans le
catalogue de vente. Cette solution bancale permettrait de
rembourser la victime (monsieur Pinault) et de ménager
madame Desroches-Noblecourt qui au vu des débats précédents,
de manière étonnante, est apparue comme une personnalité
dont les conclusions ne peuvent pas être scientifiquement
débattues. En l’état, d’un point de vue juridique, cette
statue d’un roi supposé du Moyen-Empire, n’est donc ni bonne
ni fausse. Ce jugement de la Cour de Cassation de Paris est
indicatif. Si la Cour d’Appel de Paris n’est pas indocile,
l’affaire devrait être rapidement rejugée.
Un dossier complet sur l'affaire
Sésostris III est disponible ici.
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