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  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Le Sahara égyptien en danger


Les dernières frontières de l’Egypte, au sud-ouest des oasis de Dakhla et de Kharga, aux confins de la frontière libyenne, viennent d’être atteintes par un flux de voyageur en quête d’émotions désertiques. Ce qui n’est pas sans créer des problèmes de conservation pour le patrimoine unique de ces contrées. Un reportage de Madame Doaa Elhami, très bien documenté et dont des extraits ont été publiés dans le journal El-Ahram Hebdo du 7 novembre 2007, précise que l’on aurait affaire à de véritables rezzous modernes en 4 x 4 sur les sites naturels et archéologiques.

 Dégradation des peintures à Aïn Daoua, Libye,

© R. Kuper

Les régions situées au sud de la Grande Mer de Sable, le plateau du Gilf el-Kebir et le massif de l’Ouweinât, aujourd’hui très arides et praticables seulement en hiver, ont été autrefois plus propices aux installations humaines. Les études climatiques attestent qu’il y a eu alternance entre des phases humides et des phases de désertification au cours du temps (succession pluvial/interpluvial). Le dernier épisode humide couvre les phases ancienne et moyenne de l’Holocène.  Ses  limites  chronologiques

sont environ de 11.000 à 4.500 avant J.-C. Mais elles peuvent varier car les changements climatiques et leur impact sur l’environnement ne sont ni brusques ni concomitants. Le développement du pastoralisme (grands troupeaux de bovinés et de caprinés) pendant le néolithique et la péjoration climatique seraient tous deux à l’origine de la disparition progressive de la grande faune africaine (girafes, autruches…), car ils ont concouru à la raréfaction des ressources disponibles pour la faune sauvage.

Dégradation des peintures, Wadi Sora I, Grotte des Nageurs, © GREPAL, 2006

 

La Grande Mer de Sable est une étendue sableuse (Erg) où, selon l’hypothèse la plus communément admise, une explosion de météorite en basse atmosphère aurait créé sur une zone d’environ 80 km sur 25 km un minéral unique, le verre libyque, il y a environ 29 millions d’années. Ce minéral que l’on trouve sous forme de pépites verdâtres en surface, sur les paléosols situés entre deux cordons dunaires, attire les voyageurs qui n’hésitent pas à en pratiquer la collecte (parfois intensive) à fin de souvenirs ou de commerce. Dans le Gilf el Kebir, les fameuses peintures de la « Grotte des Nageurs » et de la « Grotte des Archers », découvertes au début du siècle dernier par le comte Lazslo de Almasy, sont très dégradées. Certains touristes indélicats n’hésitent pas à pulvériser de l’eau sur les peintures rupestres préhistoriques, à seule fin, pensent-ils, de mieux réussir leurs photographies, quand ils ne songent pas à ramasser un bloc de paroi effondré portant un décor... Plus au sud du Gilf, le massif de l’Ouweinât, partagé entre trois pays (Egypte, Libye, Soudan), subit lui aussi des dégradations du même type et est victime de pratiques iconoclastes de la part de voyageurs indélicats, voire de soldats en mal de cibles. Enfin, notons que cette zone frontalière est régulièrement traversée par divers bandits de grands chemins, malgré la forte présence militaire, accentuant ainsi les risques de dégradation de cet environnement fragile.

 

Destruction des sites préhistoriques par le passage répété des véhicules tout terrain, © D. Elhami

 

Madame Doaa Elhami est une familière de ces régions. Journaliste d’investigation et de terrain, elle arpente les falaises du Gilf ou le désert avoisinant en compagnie de scientifiques, de géologues et de préhistoriens dont le célèbre archéologue Khaled Saad, aujourd’hui Directeur du Département de Préhistoire au sein du Conseil Suprême des Antiquités d’Egypte. Elle témoigne de la nuisance de l’ouverture touristique de ces régions sans véritable contrôle. Elle décrit le pillage du verre libyque, le vol ou la destruction du mobilier archéologique par des ramassages intempestifs, soulignant en particulier les dommages considérables provoqués par le seul passage des véhicules : sites éventrés, meules fracassés, réduisant à néant les vestiges fugaces des populations qui furent parmi les premières du monde à nous laisser des témoignages de leurs préoccupations intellectuelles. Celles-ci atteignent parfois une grande complexité comme dans l’abri de Wadi Sora II, dit aussi « Grotte Mestekawi » du nom de son découvreur en 2003, un officier supérieur du Border Patrol Corps. En ce lieu se révèlent des représentations d’une étrange « Bête sans tête » parfois entourée d’une nuée de petits personnages, uniques dans l’univers figuratif saharien, menacée de disparition si des mesures urgentes d’étude, de protection, et de conservation ne sont pas prises..

 

Madame Doaa Elhami, spécialiste de l’information sans fard de ces régions reculées, a trouvé écho chez un autre familier des marges désertiques, l’archéologue allemand Rudolph Kuper. Trois semaines après l’article de Madame Doaa Elhami, qui a fait grand bruit, le Pr. Kuper organise sur ce thème précis une conférence de presse dans le cadre de la célébration du Centenaire de l’hôtel Conrad (Le Caire 19-21 Nov. 2007). La presse a aussi répercuté ces informations auprès d'un large public (cf. dépêche AFP du 22 novembre 2007, disponible par exemple sur « cyberpresse.ca »).

 

Madame Doaa Elhami a alerté l’opinion publique mondiale sur un sujet sensible. La destruction des déserts égyptiens par quelques comportements irresponsables (qui s’acheminent vers les précédents des déserts nigériens et algériens) est une atteinte majeure au patrimoine de l’humanité qui, dans cette zone, sous les sables, recèle par ailleurs une des clefs des origines de l’ancienne Egypte.

 

Article en arabe relatant l'affaire, El-Ahram, Novembre 2007

Luc Watrin, décembre 2007

 
Article, Egyptian Gazette, 23/11/07

 

 

Protection provisoire du  SCA, El-Serou, Farafra.

 

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