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  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Du neuf dans la préhistoire du Fayoum ?


Depuis 2003, une équipe américano-hollandaise dirigée par miss Willeke Wendrich et sir René Cappers effectue des études environnementales et des sondages archéologiques sur la bordure nord-est de la dépression du Fayoum (rive gauche du Nil, à environ 90 km au sud du Caire). Les résultats préliminaires ont été présentés aux journées archéologiques de Poznan en 2007 et la révélation au grand public date de ce début d’année 2008. Cette fouille conjointe de l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA) et de l’Université de Groningue (RUG) aurait permis la découverte d’un habitat structuré et stratifié d’époque néolithique près de l’ancien « Camp III » de Gertrude Caton-Thompson. Plus particulièrement, les travaux des saisons 2004-2007 se concentrent notamment sur un ensemble de sites anciennement connus sous les références de « Upper K Pits » et « Kôm K » (stations néolithiques fouillées de 1924 à 1928 par la British School of Archaeology in Egypt).

 

Localisation des espaces en cours de fouille © Google Earth

Fouilles actuelles sur le Kôm K, © UCLA, 2007

 

Deux séries de buttes, le Kôm W et le Kôm K avaient en effet été explorées par miss Caton-Thompson et miss Gardner au milieu des années 1920, formant ce que l’on appelle la culture du Fayoum A (ou Fayoumien) dont on peut placer la genèse autour de 5500 avant J.C. Un ensemble de gisements épipaléolithiques avait aussi été mis en évidence : le Fayoum B (ou Qarounien) que l’on peut situer autour de 7000 BC. Ces deux faciès préhistoriques sont d’autant plus importants que leurs équivalents sont très mal documentés dans la vallée du Nil.

Le Fayoumien était jusqu’à présent marqué par des habitats assez lâches consistants en de nombreux foyers et meules associés à des silos à céréales (blé, orge) creusés dans le sol, et aux parois revêtues de nattes végétales. Les ustensiles comprennent des jarres de cuisson et des coupes à base annulaire (Kôm W) réalisées en céramique grossière à dégraissant organique et ne comportant aucun décor. Distincts des activités d’élevage (bovidés, ovi-capridés, porcs), on note la présence de nombreuses coquilles d’escargots, de poids de filets et de pointes de flèches à base concave qui démontrent que l’alimentation dépendait aussi de la collecte, de la pêche et de la chasse. Quant à l’outillage lithique, très abondant, il ne dérive pas de techniques sud-levantines (e.g. Midant-Reynes 1992 : 102) mais se rapproche davantage des techniques sahariennes du néolithique récent du Désert Occidental.

Le Fayoum reste une zone négligée par l’archéologie, toutes périodes préhistoriques confondues, y compris pour le IVe millénaire avant J.-C. Alors que de florissantes cultures sont bien documentées dans le nord (culture de Ma’adi) et le sud de la vallée du Nil (culture de Naqada I) autour de 3800 avant J .C., le Fayoum semble pour sa part totalement marginalisé. Fort heureusement, les fouilles de Robert Wenke et de Douglas Brewer au début des années 1980 ont quelques peu enrichi les maigres connaissances que nous avions sur les occupations prédynastiques au Fayoum. La découverte d’un site de fréquentation peu structuré (site référencé FS-3), au sud du lac Qarun, indique que le Fayoum n’était pas vide d’habitants autour de 3900-3750 avant J.-C., ni même isolé, comme le suggèrent quelques indices : une lame en silex en forme de U et un grattoir tabulaire, outils issus de la première culture de Naqada et de la phase ancienne de la culture de Ma’adi.
 

Mobilier néolithique du Kôm K, © UCLA, 2007

Lame bifide en forme de U, Fayoum, Naqada I © UCL

 

Les fouilles de miss Willeke Wendrich et de sir René Cappers se concentrent actuellement sur la période néolithique (Kôm K et ses environs immédiats). La découverte d’un habitat structuré et stratifié révolutionnerait les connaissances sur l’organisation villageoise néolithique. Jusqu’à présent, aucune habitation néolithique n’a été identifiée dans le Fayoum, tout comme restent inconnues les pratiques funéraires. Les questions de l’origine de l’agriculture et de l’élevage dans la vallée du Nil sont aussi posées (boeuf introduit du Sahara occidental et mouton du Levant ?). La découverte ancienne de quelques haches en basalte (Kôm W) et la proximité des gisements de basalte du Gebel el-Qatrani soulève la question de l’exploitation et de la distribution de ce minéral particulièment convoité par les Néolithiques. Il en est de même pour la circulation de matières premières “exotiques” (e. g. turquoise, dont un fragment a été trouvé en surface du Kôm K), qui dépendent de relations d’échanges avec les cultures immédiatement périphériques notamment celles du Delta du Nil et du Sinaï. La solide expérience acquise par miss Willeke Wendrich sur le site néolithique anatolien de Chatal Hüyük la place comme l’une des archéologues les plus qualifiées pour décrypter le néolithique ancien du Fayoum et illuminer les âges obscurs de la vallée du Nil.
 

Lien presse

 

Luc Watrin, février 2008

 

Localisation du Kôm K

 

 

Bracelet en coquillage importé de la Mer Rouge

 

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